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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 12:20
Milcent nous a quittés et nous sommes arrivés à St Hilaire Le Grand depuis déjà plusieurs semaines, je viens juste d’apprendre qu’une nouvelle fois ma permission est différée, la troisième fois en quatre mois ; je commence à en avoir franchement marre et ne suis pas le seul.
De plus, nous apprenons que nous repartons demain matin en première ligne après un repos très court.

Bersod ne supporte plus cette vie et est régulièrement victime des moqueries des autres camarades de la section. La dernière fois qu’il a reçu un courrier de sa mère, qui comme la plupart demandait à son fils de se protéger, il lui a été subtilisé et a circulé dans toute la section avec à chaque nouveau lecteur des commentaires sarcastiques en direction du pauvre garçon qui firent éclater de rire le reste du groupe.
Avec Duchesne, nous avons dû intervenir pour que cesse cette humiliation et que le courrier lui soit rendu.

Ce soir, alors que nous sommes tous en train de manger, le vaguemestre de retour de la poste distribue le courrier.

 - Une lettre pour toi Bersod, lui dit-il en tendant l’enveloppe, qui est tout de suite volée par cet enfoiré de Fortin qui s’empresse de l’ouvrir.

Une photo tombe de l’enveloppe, il s’agit d’un jeune garçon aux traits aussi fins que Bersod. Fortin prend un air efféminé pour lire cette lettre d’amour entre ces deux hommes, Bersod ne sait plus où se mettre et de nouveau Duchesne et moi devons intervenir pour que s’arrête cette nouvelle humiliation.

Entre-temps Bersod a quitté le bâtiment dans lequel nous nous trouvions et nous passons deux heures à le chercher sans succès.

Malgré l’absence de notre camarade, nous décidons d’aller nous reposer car demain nous repartons dans les tranchées.

A peine une heure a passé quand une détonation nous fait nous lever brusquement afin d’attraper nos fusils qui sont disposés en faisceaux dans le fond du bâtiment. Nous sortons et allons rejoindre Crenn qui se trouve au milieu de la place.

- Vous deux, venez avec moi.

Duchesne et moi suivons le lieutenant qui se dirige vers l’endroit d’où provient la détonation. Nous contournons une maison à moitié détruite, juste à l’endroit où se trouvait la porte nous apercevons deux jambes, au bout de l’une d’elles un pied nu.

Nous nous approchons un peu plus et découvrons le corps de Bersod, une balle lui a fait exploser une partie de la tête. Il a utilisé son fusil en mettant le canon dans sa bouche et a actionné la gâchette avec l’orteil après avoir retiré son brodequin et sa chaussette. Il tient dans la main une autre photo de ce jeune homme qui lui a écrit.

Je me penche vers lui pour lui fermer les yeux, et ne peux retenir cette larme qui coule le long de ma joue. Encore une fois nous n’avons pas besoin des boches.

J’ai de la haine vis-à-vis de ceux, à commencer par Fortin, qui à cause de leur comportement ont conduit ce pauvre garçon au suicide. Je me charge d’informer sa mère et ce jeune homme, ce jeune homme qui en écrivant cette lettre pleine d’amour ne pensait pas provoquer la mort de son ami.

Bersod a été inhumé dans le cimetière de St Hilaire, encore une croix blanche, le lieutenant n’a pas mentionné le suicide mais a précisé qu’il s’agissait d’un décès accidentel.

Bien évidemment personne ne fut inquiété surtout pas Fortin, qui de toute façon est protégé par Duveau, et qui crie haut et fort que la mort de ce genre d’individu ne l’affecte pas du tout. Le lieutenant a classé l’affaire et m’a juste demandé de signer l’acte de décès en tant que témoin.

J’aurai l’occasion, lors d’une permission pendant l’été 1917, d’aller rendre visite à la mère de Bersod. Elle vivait dans un tout petit village de campagne, une petite maisonnette au bord d’une minuscule rivière, cadre bucolique où Bersod a passé son enfance à taquiner la truite.

Je fus très bien accueilli par cette femme un peu chétive au regard identique à celui de son fils. Elle me parla de lui : son enfance, sa gentillesse, ses bons résultats scolaires et son départ pour cette grande ville où il devint garçon coiffeur. Elle ne fit aucune allusion à son homosexualité, peut-être n’était-elle pas au courant, et me demanda quelques précisions sur son décès. Je lui dis simplement qu’il était mort d’une balle dans la tête et qu’il n’avait pas souffert, nous nous quittâmes sur ces quelques mots.

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  • : Le blog d' ERIC VIOT
  • Le blog d' ERIC VIOT
  • : Ce blog a pour but de présenter mes recherches sur la première guerre mondiale (guerre 14 18), mon roman ainsi que ma position concernant la réhabilitation des fusillés pour l'exemple et mon dernier ouvrage "Fusillés non réhabilités".
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LES BLESSURES DE L'AME

New couverture livre 001 

Eté 1914, instituteur dans un petit village de province, il prépare son départ pour la guerre.

Il passera quatre ans dans cet enfer à voir mourir de pauvres types. Quatre longues années pendant lesquelles lentement il va sombrer, cherchant le réconfort dans l’alcool.

Contrairement à Georges, son corps ne porte pas les traces de ses blessures ; lui, c’est son âme qui a été meurtrie.

Ni sa femme Lucie, ni son fils Jean, ni ses chères petites têtes blondes, ne pourront lui faire oublier, Soreau, Milcent, Bersod, Minard, André, François et bien d’autres camarades, morts à cause de cette guerre …

 

 

TEMOIGNAGES DE LECTEURS

 

 


A Lire l'article de Jean-François Amary paru dans l'Union Pacifiste 

 

Biographie auteur :

 

Eric Viot, 50 ans, membre d’une association de recherches et études historiques sur la vie des Bretons pendant la grande guerre, passionné par cette période et en particulier par le quotidien des Poilus pendant ce conflit.

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François Hollande et les fusillés pour l'exemple

"Vous avez raison, ce serait un beau geste que les maires de gauche de France inscrivent sur les monuments aux morts de leurs communes les noms de ces malheureux" réponse de François Hollande en 2009

RENCONTRE AVEC ERIC VIOT

   

  Conférences et dédicaces

 

  • 11 novembre 2016 conférence et dédicaces à Senlis (60)
  • 15 novembre 2016 à Bagneux (92) conférence et dédicaces
  • 26 novembre 2016 à Saint Hilaire du Harcouët (50) dédicaces
  • 27 novembre 2016 à Brécey (50) dédicaces
  • 10 décembre 2016 à Saint Jamme sur  Sarthe (72) dédicaces
  • 11 décembre 2016 à Ecommoy salon du livre (72)
  • 17 décembre 2016 à Cérans Foulletourte dédicaces (72)

 

 





 

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